Veni, Vidi, Arrivederci — GP de Locminé 2020

La semaine passée, j’ai participé à ma première course départementale de vélo. L’expérience s’est avérée très difficile, mais riche en émotion. Arrivé 32e et dernier classé, je suis néanmoins classé devant 53 concurrents qui ont abandonné durant l’épreuve ! La raison principale de cette hécatombe : les conditions climatiques qui ont rendu la piste très glissante.

Il s’agissait de ma première épreuve cycliste de ce genre. Mes seules expériences IRL à vélo étaient des challenges — sans recherches de chrono — comme le Paris-Roubaix Challenge 175km 2017 ou le Paris-Nice Challenge 2018. Ou bien, des courses d’endurance comme les 24h du Mans Vélo 2018, ou le Half Triathlon de Cannes en montagne en 2019.

Ligne de départ du GP de Locminé 2020 — photo Ouest France

1ère épreuve de l’année 2020

Covid-19 et confinement oblige, cette épreuve est — tous sports confondus — la première de ma saison sportive 2020. Ouverte aux “amateurs”, j’ai pu m’inscrire à ce critérium quelques minutes avant le départ simplement. Face à moi — qui ne suis licencié dans aucun club — je n’ai que des cyclistes inscrits dans différentes équipes bretonnes. Disons qu’il y a “amateur” et “amateur” quoi… Le niveau global du plateau est très élevé. Et avec mes 60 à 100 kilomètres par semaine — majoritairement effectués sur home-trainer en indoor je suis un petit rigolo face à ces Espoirs et Élites

Ils sont tous bien relax… !

Ma première surprise, c’est de constater qu’il n’y aucun contrôle technique avant le départ. Au karting, j’ai tellement été habitué qu’on vienne me prendre la tête pour un colson qui dépasse, que je m’attendais à ce qu’on trouve de quoi critiquer mon vélo. J’étais prêt à tout : test des piles de ma lampe arrière, test des freins, pression des pneus, réglage de mon train avant… Là, rien du tout. Zéro test. Aucun contrôle. Nada.

Avec un peu de recul, je trouve ça tout de même surprenant. Si un concurrent roule en jantes carbones, avec un freinage à patins, il peut représenter un risque pour les autres athlètes du jour, par exemple. Un vélo défectueux ou difficile à manier, c’est l’accident assuré. Et en peloton, le risque est bien plus important !

Loin d’imaginer que j’allais être autant à la ramasse…

Départ de la course à 19h

3–2–1… ça part à fond ! Et — Première erreur — je me suis fait avoir dès les premiers mètres. Ils sont tous partis comme des balles. Je recolle légèrement à la queue du peloton à mi-circuit. Avant de perdre à nouveau la jonction après un faux-plat.

Du coup, je n’ai pas bénéficié de l’aspiration du peloton. C’est vrai que je n’ai pas l’habitude de rouler en peloton, puisqu’en triathlon, le drafting est interdit. Mais si j’avais davantage forcé en ce début de course, et amélioré mon CX, mes 2/3 premiers tours auraient été moins pénibles.

Le départ — en caméra embarquée

Le pire, c’est que j’avais effectué quelques courses virtuelles depuis le début de l’année sur Zwift. Et que j’ai pris le réflexe de partir fort dès le début. Là ? J’ai fait tout l’inverse, persuadé que la plupart jouerait l’endurance.

Début de la pluie, et 2nde erreur

La pluie a commencé à tomber entre 19h30 et 20h, avant de s’intensifier ensuite. Au 30e kilomètre, je commence à me dédoubler de concurrents qui m’ont déjà collé x tours d’avance. Mais à l’entrée d’une longue courbe en descente prise à 30/40 km’h… C’est la chute ! Mon vélo a glissé, et je me suis retrouvé 30 mètres plus loin sur le dos, avec pas mal de bobos : épaule, bras, cuisse, tout mon côté droit a pris cher…

Comme je remontais sur des concurrents, cet excès de confiance a fait baisser mon discernement. J’ai attaqué la courbe trop vite, sans me rendre compte qu’elle était très trempée. Résultat : des bobos, un vélo abîmé sur le flanc droit… et une grosse poignée de minutes de perdues dans l’aventure. Sportivement, pas grave en soit, puisque je n’ai aucun autre enjeu que celui de vivre l’expérience. Et d’aller au bout de l’épreuve.

Alors, le temps de tout réparer, j’arrive à repartir.

Un peu groggy malgré tout.

J’ai payé, je roule !

Malgré ma chute, et une déformation de la patte de mon dérailleur arrière — ce qui m’empêche de descendre les vitesses de mon vélo comme je le souhaiteil n’y a aucune raison que j’abandonne. Je me sens frais, et ce n’est pas la pluie qui va m’empêcher de profiter de cette expérience sportive !

Et pourtant autour de moi… je constate que de nombreux concurrents s’arrêtent les uns après les autres. Certains semblent avoir un problème mécanique. Quand d’autres semblent à bout de souffle.

Quant à la majorité d’entre eux… ils sont juste arrêtés sur le bord de la route, en train de regarder passer les autres cyclistes !

Caméra embarquée, sous la flotte — et un piéton dangereux à 5'22

Ceux-là, pourquoi abandonnent-ils ? La peur de se faire mal sous la pluie ? Un vélo mal réglé pour de telles conditions ? Une mauvaise visibilité ? Un manque de confiance dans les descentes ? Peut-être un peu de tout ça… S’ils ont d’autres courses de prévues, et que — en raison du Covid — c’est leur première course de l’année dans leur discipline, je peux comprendre qu’ils jouent le long terme. Et qu’il ne veulent pas se faire de bobo !

Mais en sport, on n’abandonne pas ! A ce moment-là, ma citation favorite refait surface dans ma p’tite tête — “Abandonner, c’est facile” !

La course change alors de faciès. Je suis et reste dernier classé. Mais j’arrive à tenir la roue de pas mal de concurrents. Je me dédouble parfois. La pluie rend la chaussée extrêmement glissante, surtout dans les virages. Typiquement là où le groupe de tête va me reprendre régulièrement, ce qui m’oblige souvent à me placer très à l’extérieur du virage pour les laisser passer. Une situation très inconfortable, voire dangereuse…

Fin de course & constat sportif

2 heures plus tard, les vainqueurs passent la ligne d’arrivée. Ils ont fini de boucler les 40 boucles de ce circuit en ville, soit 85 kilomètres… Avec une moyenne hallucinante de 44km’h ! Dans le même temps, j’aurai effectué une distance de 64 kilomètres. Ce qui me place 21 kilomètres derrière eux… — un gouffre.

Alors, avec un peu de recul, j’essaye d’analyser mes lacunes. Ci-dessous, je dresse un constat par les chiffres : ma courbe de puissance est nettement inférieure à celle d’un concurrent pris au hasard, qui a terminé parmi les 10 premiers de l’épreuve. Nos 2 courbes — visibles en violet foncé ci-dessous — ne se croisent jamais. Et le constat est sans appel :

  • ce jour-là, je n’ai pas atteint son niveau de performance en puissance. Ce concurrent a fait une pointe vers les 950 watts, quand j’ai plafonné à 550 watts ;
  • ni en endurance. La courbe prouve qu’il tient plus longtemps les watts que moi.
Comparaison via la courbe de puissance — Strava

Et pourtant… la courbe indique aussi — en violet clair — une moyenne accomplie sur l’ensemble de mes séances d’entrainement sur les 6 dernières semaines. Là… on obtient quasiment une superposition parfaite entre ma courbe, et la sienne.

Donc, j’en déduis que :

  • soit, j’en ai laissé sous le coude pendant toute cette course. Je n’avais aucun enjeu, certes. Mais bon… Je dois aussi admettre que parcourir 80km à fond, ce n’est pas/plus dans mes habitudes. Le triathlon impose de la fraîcheur dans les jambes après le vélo. Il faut croire que ce marqueur est bien (trop) présent dans mon cerveau.

Strava me le prouve d’ailleurs : quand j’ai passé 3% de temps dans la zone dite “neuromusculaire”, les autres concurrents finishers y ont passé environ 20% de leur temps !

  • soit, je me suis laissé impressionner par le niveau des concurrents. Rouler contre des Espoirs et des Élites, on dira ce qu’on veut, mais franchement… ça pique.

De toutes façons, rouler à une moyenne de 44km’h pendant 2 heures, je n’ai jamais fait ça. La majorité du peloton était — de toutes façons — beaucoup trop forte pour moi ce jour-là !

Quelques chiffres prouvent bien encore la différence de niveau — d’après Strava :

  • j’ai développé une moyenne de 202 watts. Ma PMA estimée est à 320 watts. J’ai passé 3% de mon temps en neuromusculaire.
  • le même concurrent ci-dessus a développé une moyenne de 269 watts, et sa PMA est à 356. Il a donc été développé 25% de force supplémentaire que ce que j’ai pu réaliser.

Quant aux zones d’ascension, j’ai pointé à environ 500 watts. Tandis que la tête du peloton oscille entre 900 et 1100 watts ! J’ai donc plafonné à 50% de leur performance sur les montées…

Zoom sur les choix techniques

Au départ de la course, j’ai constaté que de nombreux concurrents avaient de supers jantes aérodynamiques. Une grosse hauteur de jante, des jantes carbones… voilà déjà — selon moi — une raison technique de leur abandon : les jantes carbones, ça freine mal avec des patins ! Et une grosse hauteur de jante, c’est une prise au vent latérale qui peut être dangereuse.

Alors le tout, sous la pluie…

La bête

Pour ma part, j’avais fait le choix de m’équiper de jantes Mavic Ksyrium Pro Exalith en aluminium, avec des pneus pluie neufs gonflés à 4 bars— il faut sauver le soldat Mavic ! Avec du recul, c’était le bon choix technique. Une pression supérieure aurait pu me permettre de chauffer davantage mes pneus, et de gagner un peu plus en confiance sur la seconde partie pluvieuse de la course. Mais bon, cela n’aurait de toutes façons rien changé dans mon classement final.

Comment être + fort ?

L’expérience était riche d’enseignement. Certes, je finis dernier classé. Mais le principal, c’est d’en sortir grandi. Typiquement, il faut que je me pose les bonnes questions, pour augmenter mon niveau. Mon objectif sportif n’étant pas de participer à ce genre de critérium — mais plutôt à des triathlons — j’ai plutôt une approche d’entraînements croisés. Côté cyclisme, il me faudrait :

  • continuer à augmenter mon FTP, et continuer à travailler sur Home-Trainer, avec des exercices en anaérobie et au seuil ;
  • multiplier les sorties IRL pour rendre l’habitude de prendre le vent de face ou latéral. Et de travailler mes relances, et ma position sur la selle — le fameux CX.
  • mieux lire mes datas pendant mes sorties, pour m’obliger à changer de braquer pour améliorer mes cadences de pédalages par exemple.

Et faire cohabiter tout ça avec une vie de famille et un planning pro !

#NeverGiveUp

Pour revivre l’événement, Strava a inventé un outil magnifique : le Strava FlyBy. Rendez-vous ici pour voir les évolutions de la course, minute par minute.

Entrepreneur, Ecommerce & digital consultant — Sport passionate / Challenge lover

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