Natureman L 2020— du rêve au cauchemar…

Une semaine après Deauville, me voilà dans le Verdon. Prêt à m’attaquer à une nouvelle épreuve du Triathlon français. Une magnifique épreuve située tout près des Gorges du Verdon. Un cadre magnifique… malgré l’énorme tempête Alex tombée dans le Var la veille.

Le parc à vélos, aire de transition.

Se coucher tôt, et se lever tôt. C’est obligatoire si on veut correctement digérer son petit déjeuner, rejoindre le parc à vélos dans les temps — avant 8h. Et préparer son aire de transition tranquillement.

Ce matin-là, il fait froid. L’atmosphère est très humide, après le passage des orages violents de la veille. Tout le monde porte son masque sur le visage — #Covid19. Et les pipi-room sont situés complètement de l’autre côté du parc à vélos… Bref, rien d’agréable durant cette heure d’attente qui précède le début de l’épreuve.

Heureusement que mes voisins de stand sont des gars du Nord. Deux beaux-frères fraîchement arrivés d’Orchies. Et même si l’ambiance reste studieuse, tout le monde semble plutôt décontracté. Et heureux d’être là.

La tracé — approximatif — de l’épreuve de natation

Vu la classification du triathlon, l’épreuve de natation est donc étendue à 2300 mètres. Et sur ce Natureman, il est décomposé en 4 parties. D’abord, une bouée orange placée à 800 mètres. Puis une seconde à 900 mètres. Et enfin 2 dernières sections de 300 mètres chacune, délimitées par des bouées blanches.

Si vous n’êtes pas nageur, dites-vous que 2300 mètres, c’est environ 6 fois la circonférence d’un stade. Ou l’équivalent de 46 aller-retours dans un bassin de 25m. C’est beaucoup et peu à la fois…

Vue aérienne du départ d’une vague de quelques athlètes

20 minutes après les femmes, c’est au tour des hommes de plonger dans l’eau. Le départ se fait par vagues, par groupe de 100 athlètes. Et je suis le dernier à partir, à cause de mon numéro de dossard : le 1111 — drôle de chiffre.

Du coup, lorsque je suis sur la plage, tout le monde est déjà dans l’eau. Loin, très loin devant.

Tout le monde plonge ! Tous ? Pas vraiment… J’ai une petite appréhension… Mais je cherche à positiver. Et je me dis que ça va aller.

D’ailleurs, pour me rassurer, j’avais calculé une fourchette du nombre de battements que j’aurai à effectuer entre chaque bouée. Par exemple, pour atteindre la première bouée sur l’autre rive, je m’étais fixé environ 480 battements de crawl. Pour un pointage à 20 minutes. Et dans l’objectif de finir l’épreuve de natation sous la barre des 55 minutes.

Je m’étais fixé de finir vers la 100e place au général. Les années précédentes, le 100e ne dépassait pas les 45 minutes sur cette épreuve. Donc, il m’aurait fallu cravacher davantage en vélo, puis en trail. Mais sur ces 2 sports, je suis plutôt en confiance. Et dans l’excitation de l’instant, je me dis que je me surpasserai.

Encore faut-il arriver à sortir de l’eau dans les temps !

Tout le monde plonge sans se poser de questions…. sauf un gars, derrière :/

Le départ se fait depuis une plage de galets. Ce qui fait plutôt mal aux pieds. La température est fraîche. Et l’eau est encore plus froide. C’est bête, mais tous ces petits inconforts vont me crisper… bien que ce ne soit pas le moment !

J’avance dans l’eau, et j’essaye de me focaliser sur mes premiers mouvements. Mais ça ne marche pas. Comprends pas. Je bois la tasse. Pourtant, je n’ai pas l’impression de faire n’importe quoi… ?

Malgré ma reprise de la natation ces 3 derniers mois post confinement — et des exercices de natation & respiration conseillés par les maitres-nageurs de la piscine de ma ville, je n’arrive pas du tout à nager… Mon corps est figé. Je suis complètement raide.

J’ai un blocage.

Du stress ?

Je ne sais pas ce qu’il se passe.

Impossible de mettre la tête correctement dans l’eau !

Je n’y arrive simplement pas…

Je ne comprends pas ce qu’il se passe. Alors, j’essaye de calmer mon angoisse. Voir tout le monde partir devant moi me crispe davantage. Je cherche une solution… Alors j’applique bêtement la nage du chien, la seule nage qui me permet de garder la tête hors de l’eau. Et qui me permet — au moins — d’avancer.

Puta**… Tenir 2300 mètres comme ça, ça va pas être drôle…

Quelques minutes plus tard, je me force à réagir. Je tente alors un nouveau mouvement de crawl.

Et je manque de m’étouffer.

Alors, je tente un mouvement de brasse.

Pareil.

N’importe quoi…

Pourtant, la brasse est mon plan B. Je sais nager la brasse, sans problème désormais. Elle a tendance à fatiguer les cuisses, ce qui n’est pas idéal pour la partie vélo. Mais franchement… au point où j’en suis, on s’en fout ! L’objectif c’est juste de sortir de l’eau pour enchainer l’épreuve !

L’immensité du lac, et ses 2300m à parcourir à la nage…

Du coup, je ne comprends pas… alors j’essaye de mettre mon cerveau en mode off pour éradiquer totalement mon stress. Je suis à la limite de l’hypnose et je m’efforce à penser à des choses agréables. Je regarde autour de moi. Le Verdon, les montagnes environnantes, le ciel… Parce que — malgré tout — je sais que j’ai de la chance d’être là.

Puis, je recommence mes mouvements de coulée en crawl.

Echec.

Puis en brasse.

Pareil : échec.

Je n’ai effectué que 200 ou 300 mètres… Et il reste encore 2 kilomètres à parcourir !

Pourtant, je n’ai pas du tout ce problème en piscine. Et l’année dernière, à Cannes, j’avais réussi l’épreuve en mer. Ma technique était pourtant beaucoup plus faible.

A l’heure d’écriture de cet article — 5 jours après, j’ai même fait mon retour à la piscine. Et j’ai nagé 800m en crawl… sans problème !
Incompréhensible.

J’ai la sensation que mes mouvements doivent être davantage musclés pour avancer. Et puis, on ne voit pas le fond marin. Je n’ai aucune sensation de vertige, ou de peur du fond marin que je survole. Mais le fait de ne rien voir — contrairement à la Méditerranée à Cannes— crée en moi une sensation de mal-être, d’étouffement. Du moins, c’est l’explication que je cherche à me donner.

En étant cartésien, je peux trouver une solution — me dis-je.

Dès que je plonge la tête dans l’eau, ma respiration est chaotique. Et puis les légères vaguelettes sont plus hautes qu’en piscine. Surtout avec l’animation sur le lac : entre bateaux à moteur, kayakistes et nageurs… Bref, je n’y suis pas non plus habitué.

Je galère.

C’est un désastre.

400m. Il reste 1900 mètres à “nager”…

Nombreux et seuls à la fois, dans nos têtes, au milieu du lac de Sainte Croix

Puis, un kayakiste bénévole vient me porter secours. Ils sont une petite équipe à se dispatcher sur les points clés de l’épreuve. Notamment au niveau des bouées/virages et de la queue du peloton.

Très chouette, le gars. Il me motive. Me rappelle la bière qui m’attendra à la fin de l’épreuve. Et m’encourage autant que possible.

Je lui explique que j’ai une sensation d’étouffement. Et lui demande alors d’ouvrir un peu ma combinaison, car j’ai l’impression qu’elle me serre beaucoup. Surtout au niveau du cou. Il me rend ce service, et je re-tente ensuite mes mouvements. C’est mieux. Mais j’ai encore cette sensation d’être compressé, et d’étouffer. Je n’arrive pas à enchainer plus de 2 mouvements de nage “normale”.

Est-ce que ma combinaison ne serait pas trop petite ? J’avoue que je me pose la question…

Je relève mon bonnet, et mes lunettes pour y voir clair. J’ai opté cette fois pour des lentilles journalières. Du coup, sans lunettes, plus question de mettre la tête dans l’eau.

Bref, c’est la m***.

Autour de moi, il n’y a quasiment plus personne. 2 nageurs derrière moi, simplement. Et un autre devant, environ à 50 mètres. Avec ma nage du chien ridicule, j’essaye quand même d’avoir la meilleure coulée possible. Histoire de ne pas perdre un temps de dingue.

Et petit à petit, j’arrive à effectuer une nage — certes étrange — mais bien plus rapide. Une sorte de crawl polo, avec la tête hors de l’eau, qui oscille de gauche à droite. C’est nul, mais j’avance franchement plus vite ! Mon kayakiste me félicite, et m’aide à m’orienter pour rester bien droit, et ne pas parcourir trop de distance inutile vers la prochaine bouée des 800m.

Je me motive à rattraper le nageur devant moi… et je le passe avant la bouée des 800 ! Et puis, je repars. Mon mouvement est épuisant. Mais j’ai juste cette volonté de passer l’épreuve, et de retrouver la terre ferme. Et mon vélo. Pour ensuite aller chercher un paquet de gugusses dans la montagne — merci les cuisses.

Maintenant, la prochaine bouée est à 900 mètres. L’équivalent de 18 aller-retours dans un bassin de 25m… Mais je me focalise sur mon mouvement qui me permet d’avancer depuis 100 ou 200 mètres. Dans ma tête, j’ai juste ce rythme incessant, avec le bras droit qui plonge dans l’eau. Puis, ma tête qui se tourne vers le ciel. Le bruit de ma respiration. Puis, le bras gauche. Je chiffre mes mouvements. Et ainsi de suite. Ma tête ne pense qu’à ça. A cet instant, je vis au rythme de cette cadence.

Mon kayakiste continue à me féliciter. Et profite d’une pause que je m’octroie, pour m’inviter à être fier de la distance déjà parcourue. Quand soudain un autre bénévole kayakiste vient à notre rencontre. Et l’engueule !

Tu laisses dériver ton nageur !! Tu ne l’aides pas à bien rester droit vers la prochaine bouée. Du coup, il va s’épuiser à en faire trop !

J’ai quand même l’impression qu’il m’aidait autant que possible. D’autant que je vois la bouée au loin. Peut-être effectivement qu’un léger courant me pousse et que je devrais nager en visant un point plus à gauche… Bref, je ne lui en veux pas. Et je reprends ma nage exotique.

Une éternité plus tard… arrivée à la bouée des 900 mètres — Wouhou !! J’ai l’impression d’être presque sorti d’affaire. Il ne reste plus “que” 2 bouées à rejoindre, à 300 puis 600 mètres. Après une courte pause, je m’y remets. J’ai juste le temps de voir le bateau à moteur des officiels passer devant moi — merci les vagues — avec à bord le nageur que j’ai laissé derrière moi. Et qui a l’air tout penaud d’avoir été contraint à l’abandon…

Là, je comprends que j’ai chaud aux fesses. Car je suis le prochain sur la liste. Bien qu’inquiet de la barrière horaire, je m’y remets. Toujours en mode crawl polo 2.0. Il doit me rester encore 500 mètres à parcourir.

Les meilleurs nageurs sont déjà de retour au parc à vélos. Moi ? je suis encore de l’autre côté, tout au fond de l’image…

Soudain, le bateau à moteur se rapproche de moi. Et le speaker de la course m’interpelle.

Hey mon gars, c’est fini, t’es hors délai. Monte sur le kayak, et on rentre à la plage !

Mon sang ne fait qu’un tour. Je ne viens pas de me taper 1800m de natation en pleine galère, pour rien. Je DOIS finir l’épreuve. J’ai payé, je nage !

Non ! Laissez-moi au moins finir l’épreuve. C’est n’importe quoi là. Je vais remonter 500/600 gars en vélo et en trail. Je vais me refaire, je galère en natation, je sais, mais laissez-moi finir !

Mon camarade kayakiste a juste le temps de me glisser un “C’est dégueulasse”. Il voit bien que je me bats comme un fou pour m’en sortir et avancer. Et que ça va mieux — même si c’est très poussif — par rapport au début du parcours. Et heureusement, le speaker me répond :

Bon, ok. Finis la natation. Et on fera le point sur la plage après.

A cet instant précis, pas besoin de faire un dessin. Dans ma tête, j’ai un tic-tac incessant. Une vraie course contre la montre pour sauver ma peau, en quelque sorte. Alors je me remets à nager comme je peux. Mon kayakiste me motive. Et petit à petit, il est rejoint par les autres bénévoles présents dans le lac à ce moment-là.

Quelques minutes plus tard, je suis encerclé par tous les kayakistes. Ils doivent être une vingtaine autour de moi à m’accompagner jusque la berge. Et me motivent — Allezzzz. Je suis concentré sur mes mouvements pour me sortir de cette situation. Je n’ai qu’un objectif : aller au bout de l’épreuve. Et réussir à passer à la suite du triathlon…

600 mètres plus tard…

Le temps parait tellement long… Je m’épuise, mais j’avance. Un énorme paquet de minutes plus tard, j’arrive enfin (!) sur la plage. Tous les kayakistes bénévoles m’encerclent. Et…. ça y’est puta** !!! Mon pied touche le fond, je suis de retour sur la terre ferme. Je peux sortir de l’eau !!!

Je sors, groggy par l’expérience. Et je vois face à moi 2 personnes. La speakrine et un arbitre. Et je n’ai même pas le temps de dire ouf que l’arbitre s’avance vers moi, et m’annonce froidement…

Vous êtes hors délai de 10 minutes, Monsieur. Désolé, mais je dois vous disqualifier. Le Parc à vélos est fermé. Nous avons des délais à respecter vis à vis du Préfet.

Il s’abaisse, et désangle le bipeur de mon pied.

Bim.

Dégouté.

Dégouté par cette défaite.

Dégouté par cette série noire sportive.

Dégouté, car je pensais sincèrement que ça irait beaucoup mieux en natation.

Je m’écroule par terre.

Crevé.

Juste dégouté.

La speakrine s’avance vers moi et tente de me réconforter. En m’indiquant que tous les kayakistes tenaient à m’accompagner au bout pour me soutenir.

Ils m’applaudissent — c’est évidemment très sympa de leur part, même si à l’instant T… je m’en fous complètement...

Je les remercie en retour.

Et le kayakiste qui m’accompagnait décide de sortir de l’eau et — malgré le Covid et les gestes barrières de notre époque contemporaine chelou — vient me serrer la main et me motiver pour m’entrainer et revenir plus fort l’année prochaine — Merci mec.

1h42'24 pour parcourir 2300m en eau libre

Le chrono est nul, nul, nul.

Evidemment, nager comme j’ai nagé c’est n’importe quoi. J’ai dû mettre 8 fois la tête dans l’eau en tout et pour tout. Et le crawl polo, disons que je l’ai ré-inventé façon David.

Comment est-ce possible ?

Je n’ai toujours pas de réponse.

En tous cas, j’ai compris quelque chose : sur mes 4 triathlons tentés à ce jour — sans inclure celui de Deauville en 2020, devenu un duathlon — je n’en ai terminé que 2. A chaque fois la natation faisait défaut. La nage en eau libre mérite de vraies séances spécifiques. Je ne nage jamais en combinaison. Ni en lentilles d’ailleurs. Trop de nouveautés le Jour J.

Bref… après ma sortie de l’eau ? Je suis tellement dégoûté que je n’ai même pas envie de tenter le parcours vélo ni l’épreuve de CAP avec un statut de disqualifié. C’est inutile. Je cherchais un classement. Et je ne serai même pas finisher.

De retour au parc à vélos, je découvre que le mec débarqué en bateau tout à l’heure était mon voisin de stand ! Celui d’Orchies. Il m’explique la même mésaventure. Les mêmes symptômes. Et comme moi, le manque de nage en eau libre. Alors qu’en piscine, il n’a pas de problème.

Dans tous les cas, je suis en plein mutisme. Mon esprit est ailleurs. Et je ne veux plus être là. Le temps de ramasser toutes mes affaires. Puis de retourner au parking…

Retour au bercail.

Je finis habituellement mes articles par un #NeverGiveUp. Ne jamais abandonner. Facile à dire, en effet. Là, j’ai l’impression d’avoir enchainé une forme de série noire sportive. Abandon à la Diagonale des Fous, Dernier classé au GP De Locminé, et maintenant disqualifié au Natureman L…

Mais pour me convaincre du contraire, je suis retourné ce midi à la piscine. Car je veux malgré tout y arriver. Je veux participer à un Iron Man 140.7. Pourquoi pas me qualifier pour Kona un jour. Je rêve d’améliorer mes chronos, mes positions. Et d’aller titiller tout ceux qui sont devant moi. Il n’y a pas de raison qu’un Jenson Button y arrive. Et pas moi !

Du coup, oui : Never Give Up. Je dois m’entrainer davantage ? Du moins, plus qualitativement ? Ok. Mais il n’y a aucun raison d’abandonner. Même si c’est difficile. C’est parce que c’est difficile que c’est intéressant. Abandonner, c’est facile. Et ça, tout le monde peut le faire.

Je me suis déjà réinscrit à un autre triathlon L a l’été 2021 : celui de l’Alpe d’Huez. Et je compte bien faire mieux que de la figuration.

Alors… oui, définitivement : #NeverGiveUp

Entrepreneur, Ecommerce & digital consultant — Sport passionate / Challenge lover

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