J’ai pas survécu — Diagonale des Fous 2019

Dur. Horrible. Inhumain. Tels sont les mots qui me reviennent à l’esprit 24h après mon abandon — suite à ma blessure — sur le Grand Raid de la Réunion. Cette course porte clairement bien son nom…

Ma blessure : une grosse entorse. Que j’ai trainée durant plusieurs heures sur 50/60 kilomètres. Rien de cassé. Une “simple” entorse ligamentaire. Mais mon pied gauche a doublé de volume… de quoi m’imposer l’arrêt après 108 kilomètres de course.

Tous les souvenirs de cette course de dingue sont encore chauds bouillants dans ma tête. 24h après mon abandon, j’ai encore du mal psychologiquement à admettre cette nouvelle défaite sur un ultra trail réunionnais — puisque j’ai subi une mésaventure identique l’an passé sur le Trail de Bourbon.

Mise en ambiance, avec une petite vue depuis Mare à Boue, avant d’entamer la descente sur Cilaos

Néanmoins, en ce Dimanche ensoleillé, face à l’Océan Indien, c’est le bon moment pour dresser un récapitulatif sportif — et vous faire partager cette aventure de dingue.

H-4–18h → Départ à 22h à Saint-Pierre

La Diagonale des Fous regroupe cette année plus de 2715 participants. De tous les âges, sexes, corpulences. Depuis plusieurs années, le départ se fait depuis le grand Boulevard de Saint-Pierre qui longe la mer. Canal+ retransmet en direct la course, l’ambiance est au top.

Direction la ligne de départ avec la Navette

Imdad, l’oncle de ma femme, m’accompagne jusqu’à l’extrémité de la ville. Des navettes sont prévues devant le Decathlon de Saint-Pierre pour transporter les coureurs vers la ligne de départ dans les meilleures conditions. L’organisation est parfaite, jusqu’à la zone de contrôle. Dépôt des sacs personnels que l’on pourra récupérer à Cilaos. Puis à Savannah. Et contrôle technique : lampe frontale, batterie externe, bande de strapping, eau, etc.

Contrôle technique

Cette zone de contrôle est barricadée, et seuls quelques concurrents sont autorisés à passer tous les x minutes. Du coup, on se retrouve compactés les uns contre les autres, à se bousculer, à s’impatienter… Jusqu’au moment où une fille — qui participe à l’épreuve — est prise d’un malaise, et est évacuée d’urgence du troupeau des trailers.

Ça commence mal pour elle…

21h. Vient enfin mon tour. Tout est ok. Je me retrouve alors dans l’immense zone de parking où tous les concurrents patientent avant d’être dirigés vers la ligne de départ dans 1 heure.

Zone d’attente, avec spectacle musical… avant de se diriger vers la ligne de départ

Départ — Saint-Pierre / 22h

21h45 : les officiels ouvrent la ligne de départ. Tout les participants s’engouffrent dans l’entonnoir qui nous y emmène. Pour ma part, trop occupé à être scandalisé — et prendre en photo — les milliers de déchets abandonnés derrière les ultra trailers, je me retrouve en queue de peloton.

Des déchets partout…
C’est dégueulasse…

Comment ces gars qui vont profiter de Dame Nature durant les prochaines heures peuvent se foutre à ce point des dommages qu’ils vont causer ? Déjà que parcourir la Réunion dans nos conditions, ce n’est pas très responsable — d’un point de vue environnemental. Et pour avoir visité l’aquarium Kelonia spécialisé dans les tortues sous-marines — et avoir été outré par la quantité gigantesque de plastique absorbée par ces animaux — je ne comprends pas ces comportements honteux. Et dénués de toute éducation fondamentale.

Il y a foule au départ !

Bref… je me retrouve donc mal placé. Je dois être environ 2500e sur 2700 participants. Je suis donc vraiment tout au bout. Ce qui va s’avérer un problème pour les 50 prochains kilomètres, puisque je sais déjà que je vais me retrouver embouteillé dans toutes les zones lentes.

Etape #1 — Saint-Pierre → Domaine Vidot

22h, top départ ! Mon esprit est encore accaparé par la gestion calamiteuse des déchets. Malgré tout, l’ambiance est euphorique… et je me laisse aller peu à peu dans la folie de cet instant. C’est quand même de la Diagonale des Fous dont on parle là ! Et le public est venu très nombreux nous soutenir.

Sur le bord de la route, les encouragements sont hyper chaleureux. Et je me prends au jeu à taper dans les mains qui me sont tendues. Surtout lorsque ce sont des enfants, je m’autorise quelques écarts pour aller taper dans les mains des plus petits, et partager avec eux la fête. Ils me font penser à mon petit bonhomme, resté en Métropole. Et que j’aurais adoré avoir près de moi à cet instant présent.

Le public est au rendez-vous !

L’ambiance est au top sur tout le Boulevard de Saint-Pierre, jusqu’à l’hôpital situé en extrémité de la ville. Puis, le public est un peu plus dispersé. Jusqu’au moment où l’on sort des zones citadines. Et parmi les premiers champs de canne à sucre, il n’y a plus que nous, les trailers. Certains marchent déjà. D’autres avancent comme moi, en trottant.

Début des embouteillages

RAVITO n°1 — Domaine Vidot / 23h53

A cette étape de la course, je suis 1412e / 2715.

  • 14,7km parcourus
  • Temps écoulé depuis le départ : 01h52'27
  • Dénivelé total depuis le départ : 648D+
  • Altitude : 655m

Lors de ce premier ravitaillement, je m’arrête très peu de temps — juste le temps de remplir mes gourdes d’eau. D’abord pour ne pas refroidir — car la nuit et l’altitude ont bien fait baisser les températures. Et puis aussi pour gagner du temps sur les barrières horaires. Car je compte bien me reposer dans la course. Autant créer un coussin de sécurité tout de suite pour en profiter plus tard !

Domaine Vidot, 1ère étape de ce Grand Raid

Etape #2 — Domaine Vidot → Notre Dame de la Paix

Depuis le début de la course, le peloton est encore très compact. On est tous serrés les uns contre les autres. Malgré ma grosse remontée depuis ma position au départ, c’est encore très embouteillé devant moi. Les montées étant relativement lentes et les chemins en entonnoir, il m’arrive de parfois carrément m’arrêter. En attendant que les coureurs passent et libèrent le passage.

RAVITO n°2 — Notre Dame de la Paix / 01h58

A cette étape de la course, je suis 923e / 2715.

  • 25,1km parcourus
  • Temps écoulé depuis le départ : 03h57'00
  • Dénivelé total depuis le départ : 1677D+
  • Altitude : 1612m

Un autre arrêt éclair. Il reste 140 kilomètres à parcourir. Mais je me sens à l’aise, et je ne ressens aucune douleur. Je m’hydrate beaucoup, je mange en permanence tout ce que j’ai sur moi : barres énergisantes, pâtes de fruit, gels alimentaires, tablettes de sodium, etc.

Toujours les bouchons dans la nuit noire du sud de la Réunion

Etape #3 — Notre Dame de la Paix → Nez de Bœuf

Physiquement et psychologiquement, tout va bien jusque là. Je cours à chaque fois que le dénivelé le permet. Mais lentement, sans générer de fatigue. Bref, tout roule !

D’après mes souvenirs, on longe l’immense ravine qui nous sépare du Piton de la Fournaise. Je la devine par le noir intense qui se situe sur ma droite. Dommage de ne pas pouvoir vraiment profiter de la vue… mais il y aura d’autres occasions — normalement !

RAVITO n°3 — Nez de Bœuf / 04h21

A cette étape de la course, je suis 585e / 2715.

  • 39,0km parcourus
  • Temps écoulé depuis le départ : 06h20'07
  • Dénivelé total depuis le départ : 2463D+
  • Altitude : 2039m

Rien de particulier à ce stade de la course. Tout se passe bien. J’en suis environ à une distance marathon. Mais je continue sur la même ligne depuis le début : je cours lentement, je m’hydrate beaucoup, et je mange un peu. Aucun problème. Je ne me ravitaille qu’en eau à ce stand, pour rester peu de temps et continuer à gagner des minutes stratégiques sur la barrière horaire. De toutes façons, j’ai encore des choses à manger sur moi — On est sensés être en totale autonomie alimentaire.

Coté sportif, j’ai l’immense satisfaction d’avoir remonté un gros groupe de coureurs, sans avoir généré de fatigue. Ce sentiment de fierté va me doper pour la suite du parcours.

Etape #4 — Nez de Bœuf → Mare à Boue

Cette zone de la course est relativement facile. Le parcours est plutôt plat, et se termine par une longue portion bitumée. Rien de difficile ici. Limite chiant, même — d’un point de vue strictement sportif.

Mais il faut rester vigilant, car une partie de parcours est un peu glissante : un peu de boue par endroit, un peu d’humidité ici et là. Et j’ai même parfois l’impression d’avoir couru sur de la glace.

Néanmoins, l’atmosphère est assez particulière car on est près du volcan. La végétation est très spécifique. Et pour ma part, c’est ma zone préférée de l’île de la Réunion.

RAVITO n°4 — Mare à Boue / 05h50

A cette étape de la course, je suis 527e / 2715.

  • 49,3km parcourus
  • Temps écoulé depuis le départ : 07h49'34
  • Dénivelé total depuis le départ : 2508D+
  • Altitude : 1608m

A ce stade, je suis en confiance. Je sais que j’ai remonté plus de 1500 concurrents. Je n’ai aucune douleur. Et puis le soleil va bientôt se lever — puisque le soleil se lève tôt à la Réunion, vers 6h du matin. Du coup, plus besoin de trimbaler ma lampe frontale sur la tête.

Le soleil se lève, on se rapproche du Cirque de Cilaos
Le Piton de la Fournaise est quelque part par là, derrière nous !

Tout va bien, je reste une poignée de minutes à Mare à Boue, le temps de grignoter quelques biscuits salés, et autre minis sandwiches. Direction le Stade de Cilaos — où mon premier sac avec mes affaires personnelles m’attendent.

Etape #5— Mare à Boue → Cilaos

Les premières vraies difficultés commencent… D’abord, “Mare à Boue” porte très bien son nom. Des kilomètres de boue, jusqu’à ce que je glisse et tombe dans la boue bien visqueuse — ça fait toujours plaisir… Puis, le terrain devient subitement beaucoup plus cassant. De nombreux concurrents me reprennent dans ces portions où ma technique est à ch***. Et puis une nuit blanche dans les pattes, la fatigue et le manque de sommeil commencent à faire baisser mon discernement.

Petit chemin bien marécageux, de Mare à Boue
Des décors somptueux, malgré la boue présente partout
L’herbe est encore gelée par endroits
C’est par là :)
Bientôt la grosse descente vers Cilaos

Un concurrent me fera même la remarque — Tu fais de trop grosses enjambées, tu vas te fatiguer. Ici c’est “ti-pas ti-pas”. Du coup, j’ai suivi son conseil : j’ai ralenti mon rythme qui n’était déjà pas si rapide. Et je me suis limité à faire des petits pas pour gravir chaque roche.

Mais cette stratégie a pris fin à mi-parcours. La longue descente de 2h30 vers Cilaos m’a complètement détruit. Je HAIS les descentes. Douloureuses. Je manque d’amorti. Et cette descente de 1000m D- était juste interminable…

Il va falloir descendre tout en bas, à Cilaos !

Je m’arrête à mi-parcours de cette descente pour chausser une genouillère sur mon genou gauche. L’année dernière, une tendinite sur ce genou avait provoqué mon abandon sur le Trail de Bourbon. Cette fois, je veux anticiper une telle blessure — d’autant que je commence à ressentir des douleurs qui m’inquiètent. Une fois la genouillère posée, je reprends la longue descente. Moins douloureuse, mais toute aussi pénible. Je me dis que j’ai bien fait.

Ambiance jungle, en bas de la montagne, avant d’entamer une remontée sur Cilaos
L’énorme rocher qu’on vient tous de descendre au pas de course… horrible…

De toutes façons, en arrivant à Cilaos, j’aurai le temps de me reposer et de reprendre des forces.

RAVITO n°5 — Stade de Cilaos / 10h08

A cette étape de la course, je suis 624e / 2715.

  • 66,3km parcourus
  • Temps écoulé depuis le départ : 12h07'40
  • Dénivelé total depuis le départ : 3305D+
  • Altitude : 1213m

J’ai environ 7h d’avance sur la barrière horaire à ce stade de la course. Mais la longue et raide descente m’a cuit. J’ai mal aux articulations. Et puis je me suis même payé un énorme coup de soleil sur une partie de mes cuisses, entre mon short et mes genouillères !

Bronzage raté, et salle de restauration festive… bon appétit :D

Le temps de récupérer mon sac de transition, direction la salle dédiée à la restauration. J’y retrouve 2/3 concurrents rencontrés lors de l’étape Mare à Boue → Cilaos. Soupe chaude, sucres lents, sucres rapides… et je retourne ensuite au Stade de Cilaos pour dormir un peu. Sauf que tout le monde occupe déjà les places à l’ombre… Du coup, je suis obligé de me poser directement face au soleil. Visière sur le visage, je bois de l’eau, et je m’assoupis environ 1h30/2h.

Le soleil tape déjà bien fort à Cilaos !

Lorsque je me réveille, je ne suis pas du tout en forme… Sommeil peu réparateur. J’ai très chaud. Et j’ai encore bien mal aux pieds. Une douleur persistante commence à apparaître à ma cheville gauche et à l’intérieur de mon genou droit.

Alors que j’étais encore pas mal en confiance quelques kilomètres avant, là j’ai un gros coup de mou. Je commence à subir les effets de la fatigue sur mon mental. Et les douleurs qui me rappellent celles de l’an passée ne me présagent rien de bon. Heureusement, ma femme extraordinaire a su trouver les mots et m’encourager par téléphone pour me requinquer :D

Donc, avant de repartir de Cilaos, je me dirige vers le staff médical pour bénéficier d’une bombe de froid aux niveau de mes 2 articulations. Puis, le temps de refaire le tri dans mon sac, de recharger ma lampe — pour la prochaine nuit, ainsi que ma montre — je quitte Cilaos à 13h49, soit 3h45 après mon arrivée. Et pourtant, je ne suis pas beaucoup plus reposé

Il reste pile 100km à parcourir.

Vue magique à la sortie de Cilaos

Etape #6 — Cilaos → Sentier Taïbit

Cette étape de 6km se résume en 2 parties : d’abord une longue descente de 3km. Mais pas très raide, donc ça se présente plutôt bien pour moi — même si j’y vais en mode relax. Puis, une ascension de 3km, qui nous ramène à la même altitude que Cilaos. Les positions perdues dans la descente, je les reprends systématiquement dans les montéesmerci les cuisses.

La Nature est belle !
4h de souffrance en perspective… #wouhou
Après la descente en sortant de Cilaos, c’est reparti pour la longue montée de 4h !
Quelques rencontres inattendues sur ce parcours… !
Petite vue bien sympathique durant la grimpette
Légère brume dans les hauteurs
On a la tête dans les nuages, là !

Durant cette étape, pas de douleur. Les douleurs articulaires senties à Cilaos s’estompent : je me dis alors que ça va se jouer au mental. J’ai mal, mais je dois me forcer à bouger pour chauffer mes articulations, et annihiler la douleur.

Et ça semble fonctionner, je reprends de la confiance.

RAVITO n°6 — Début du Sentier Taïbit / 15h49

A cette étape de la course, je suis 1508e / 2715.

  • 72,9km parcourus
  • Temps écoulé depuis le départ : 12h07'40
  • Dénivelé total depuis le départ : 3803D+
  • Altitude : 1257m

Même stratégie qu’en début de course : je fais un arrêt éclair. On est face à une grosse — très grosse même — ascension. Et il y a des centaines de concurrents amassés devant le stand de ravitaillement juste avant le sentier du Taïbit. Je me recharge essentiellement en eau. Ce qui me permet de reprendre environ 200 positions dans l’affaire. Et d’éviter un autre gros bouchon lors de l’ascension.

ça grimpe fort !
Le stand de ravito au pied du sentier du Taïbit

Etape #7— Sentier Taïbit → Marla

Tout comme l’an passé, je profite de mes entrainements à vélo et de mes cuisses pour tirer mon corps vers le haut. Je gagne — à nouveau — énormément en confiance dans ce parcours, puisque je rattrape systématiquement mes concurrents directs, qui n’arrivent pas à suivre mon rythme dans les montées.

Mais peu avant l’arrivée au sommet du col, je m’arrête pour aider un concurrent — Yoann, dossard 74. En train de vomir, il est malade, du fait d’une mauvaise stratégie alimentaire. Je reste un peu avec lui, et le temps de lui donner quelques bricoles (pastille de Sodium, barre énergisante, etc.), une trentaine de concurrents me repassent devant.

Heureux. En Forme.

Quelques minutes plus tard, j’en retrouve quelques-uns au sommet du Taïbit. Je prends juste le temps d’enfiler mon K-Way — car le soleil est déjà en train de se coucher. Et avec l’altitude + la fatigue, il fait déjà bien froid. Avant d’attaquer la courte et peu douloureuse descente vers Marla.

La descente vers Marla
Welcome in Marla — Cirque de Mafate
L’arrivée sur Marla

On quitte alors le cirque de Cilaos : bienvenue à Mafate !

RAVITO n°7 — Marla / 18h15

A cette étape de la course, je suis 1416e / 2715.

  • 79,0km parcourus
  • Temps écoulé depuis le départ : 20h14'16
  • Dénivelé total depuis le départ : 4612D+
  • Altitude : 1627m

En arrivant à Marla, j’ai la chance de profiter d’un spectacle magnifique, avec le coucher du soleil qui illumine une partie des montagnes du cirque de Mafate.

C’est juste magique…

A ce stade, j’ai escaladé l’équivalent du Mont-Blanc. La descente peu douloureuse vers Marla et la tombée de la nuit me font dire que c’est le bon moment de profiter d’une pause légèrement plus longue qu’à l’accoutumée.

Ambiance au ravito de Marla

Mais c’est la queue devant le stand alimentaire. Du coup, je n’ai pas l’occasion de manger autant que prévu. Dès lors, je ne reste que 30 minutes pour ne pas trop trop refroidir… car les températures sont en train de chuter méchamment avec la tombée de la nuit.

Etape #8 — Sentier Taïbit → Marla

Les 30 minutes d’arrêt à Marla ont malheureusement été trop longues… mes articulations ont refroidis, mes douleurs cheville gauche + genou droit sont bien prononcées.

En sortant de Marla, le parcours est plutôt en descente. Ce qui ne m’aide pas du tout… Je marche déjà comme un petit vieux. Puis au bout de 2km, c’est re-parti pour une belle ascension d’environ 500m. Je me refais une santé à ce moment-là, en reprenant les concurrents qui m’ont doublé depuis Marla. Le parcours grimpe. Fort. Il fait froid. Mais avec l’effort, j’arrive à bien résister aux températures.

Puis, une fois tout en haut, il faut redescendre un long parcours en bitume sur environ 250 D-. Là, je prends zéro plaisir. Je suis dans le dur de chez dur. Je fais tout ce que je peux pour amortir mes descentes. Mais la raideur du parcours, le froid, mon corps qui refroidit en descente… tout cela réveille à nouveau mes douleurs articulaires.

Je me mets en tête d’arriver coûte que coûte au ravitaillement suivant. Mais cette fin d’étape me semble interminable… J’en chie.

C’est très très dur.

RAVITO n°8 — Plaine des Merles / 21h24

A cette étape de la course, je suis 1432e / 2715.

  • 86,5km parcourus
  • Temps écoulé depuis le départ : 23h23'03
  • Dénivelé total depuis le départ : 5116D+
  • Altitude : 1809m

J’ai vécu là un des moments les plus difficiles de ma course.

Gelé, je claque de dents.

Et on n’est qu’au début de la nuit !

Je me dirige vers la tente des infirmiers. Ils n’ont que 2 places (!!!) et qui sont déjà occupées par d’autres blessés. Aucun kiné, pas de massage possible donc. On me propose juste de dormir sous une bâche, avec ma couverture de survie. J’y crois moyen, mais au final, je reprendrai quelques degrés.

L’infirmière me réveillera 30/40 minutes plus tard. Complètement déglingué, je n’arrive même plus à poser le pied par terre. Je claque des dents. Je me sens tellement mal…

Ce genre d’épreuve est — à mon sens — 100% psychologique. Oui, il faut s’entrainer physiquement, c’est certain. Mais quand on est au fond du trou, il faut réussir à se donner un coup de pied au cul pour se sortir de ce merdier.

Je continue à geler, à claquer des dents. L’infirmière me regarde avec un regard très inquiet. Que je feins d’ignorer. Je retourne prendre un café. J’en renverse la moitié à cause de mes tremblements dûs au froid.

Bref… c’est vraiment terrible.

Et à 22h48, je me force à sortir de cette zone de ravitaillement.

Etape #9 — Plaine des Merles → Sentier Scout

Au début de cette étape, je cherche à reprendre des degrés. Je croise alors un concurrent qui court avec sa couverture de survie sur le dos. Je me décide de l’imiter. Et ce concurrent, c’est Yoann, le réunionnais n°74 rencontré il y a 7/8h au Taïbit ! Alors on sympathise, et on se motive pour courir ensemble durant quelques kilomètres. On parle de sport, de la Réunion, des absents de l’épreuve — suite à la faillite récente de XL Airways.

Et en duo, on va réussir à bien avancer jusqu’au pointage suivant. Et malgré une partie en descente, on va réussir à dépasser quelques concurrents dans l’aventure.

Incroyable, vu mon faible niveau sur ce genre de portions.

RAVITO n°9 — Sentier Scout / 23h33

A cette étape de la course, je suis 1640e / 2715.

  • 88,7km parcourus
  • Temps écoulé depuis le départ : 25h32'57
  • Dénivelé total depuis le départ : 5164D+
  • Altitude : 1651m

200 places de perdues suite à mon dodo à la Plaine des Merles. Mais 45 minutes simplement se sont écoulées depuis le départ du précédent stand de ravitaillement. Mes articulations sont chaudes. Et on arrive à bien avancer.

Alors, avec Yoann, on décide de ne reprendre que de l’eau, et de ne pas rester plus longtemps.

Go!

Etape #10— Sentier Scout → Ilet à Bourse

Petit à petit, notre duo se complète d’autres concurrents. Et un petit train d’environs 10 trailers se met en place. Ce parcours n’est qu’une longue — très longue — descente. C’est extrêmement douloureux pour moi. Au point que je dois parfois descendre en rappel pour éviter d’amplifier mes douleurs.

Mais courir avec d’autres concurrents autour me motive. Je crois que tout le monde souffrait de toutes façons. Mais grâce à cet esprit d’équipe — même si chacun ressent ses propres douleurs — cela nous a permis d’encaisser et continuer d’avancer — Coûte que coûte à La Redoute (NDLR : c’est le nom du Stade de l’arrivée, à Saint-Denis).

Néanmoins, au bout de plusieurs kilomètres de descente, je n’en pouvais plus. J’ai commencé à lâcher le troupeau. Et puis est arrivé ensuite une grosse montée. Epuisé, énervé par mes douleurs, je me suis alors arrêté au tout début de cette ascension pour faire une nouvelle micro sieste.

Ce qui s’avèrera complètement con. Puisque dans la nuit, le froid, sur des pierres… comment ai-je pu croire que cela allait m’aider ?! 30 minutes plus tard, mon réveil me rappelle à l’ordre.

Je gèle.

Je claque des dents.

Il fait su-per froid !!

Je rallume ma lampe, et je reprends l’ascension. Avec beaucoup de difficultés sur les premiers mètres… puis je re-dépasse des concurrents dans cette ascension, avant le pointage suivant à Ilet à Bourse.

RAVITO n°10 — Ilet à Bourse / 03h39

A cette étape de la course, je suis 1810e / 2715.

  • 96,7km parcourus
  • Temps écoulé depuis le départ : 29h38'00
  • Dénivelé total depuis le départ : 5440D+
  • Altitude : 889m

Un arrêt éclair, le temps de boire du chaud : thé, café. Mais surtout, je me rappellerai des bénévoles hyper chaleureux qui nous attendaient à ce stand. Et qui nous faisaient simplement des câlins pour nous réchauffer et nous re-motiver :)

Le panneau d’entrée d’îlet à Bourse

J’apprends que le pointage suivant est à 1h/1h15. Ce n’est pas trop long, alors je me re-motive. Let’s go!

Etape #11— Ilet à Bourse → Grand Place

Encore une descente.

Longue.

Tout seul.

Bref, je galère, mes articulations me brulent. Je descends les grosses pierres en rappel. Je prends sur moi. Et je jette un coup d’oeil régulier sur ma montre, pour déterminer à quelle distance je me trouve de Grand Place.

La carte du parcours y indique la présence d’une tente médicale. Je me dis qu’on pourra m’y remettre une bombe de froid. Rien que cette éventuelle récompense me suffit à me motiver pour tenir bon…

RAVITO n°11 — Grand Place / 04h58

A cette étape de la course, je suis 1824e / 2715.

  • 100,0km parcourus
  • Temps écoulé depuis le départ : 30h57'24
  • Dénivelé total depuis le départ : 5565D+
  • Altitude : 673m

Arrivé en pleine nuit, je me dirige immédiatement vers la tente des infirmiers. J’explique que je souhaite me faire examiner mon genou droit. Le temps de me poser sur un lit de camp, l’infirmière ne s’occupe de moi que tardivement. J’ai eu le temps de m’endormir sous une vraie couverture… ce qui m’a fait un bien fou !

Mais 30 minutes plus tard, je me fais réveiller en sursaut. L’infirmière enlève ma genouillère — que j’avais également mis à droite. Et me fait un strapping avec la bande que j’avais spécifiquement prévue dans mon sac. Je ne suis pas sûr que cela ait changé grand chose à vrai dire… D’autant qu’ils n’avaient plus de bombe de froid !

Une fois ce soin effectué — histoire de laisser la place aux suivants — je me fais quasiment chasser par le personnel

Sauf que… en me levant du lit, je n’arrive plus à marcher. Mes pieds sont raides, mon genou droit ne se plie plus. J’avance en grimaçant, avec quelques légers cris de douleur…

Aïe.

Le soleil se lève à nouveau sur Mafate

Il doit être environ 6h, et le jour se lève. Mais il caille toujours. Je claque des dents, tout mon corps tremble. Je mange autant que possible en grignotant toutes les merdes du stand : saucisson, biscuits salés, biscuits sucrés, etc. J’arrive à avaler un café, et à remplir mes gourdes, avant de me remettre en route.

Mon corps est HS.

Là, c’est juste le mental qui pousse la machine…

Etape #12 — Grand Place → Rivière des Galets

En sortant du stand, je suis sauvé : une grosse montée raide nous attend. Du coup, mes douleurs articulaires disparaissent au bout de quelques mètres. Et la chaleur générée due à l’effort fait stopper mes claquements de dents…

Je revis !

Une ascension d’environ 300/400 mètres nous emmène sur un point de vue magnifique. Dont je profiterai malheureusement trop peu, car ce qui m’attend désormais… c’est une longue — et tout aussi raide — descente, jusqu’à la Rivière des Galets.

Vue matinale sur le cirque de Mafate
Au loin, le Maïdo
Montagnes russes
Une vue imprenable depuis les hauteurs de Mafate
Arrivée au niveau de la Rivière des Galets
C’est par là !

Et comme prévu, cette descente ne va pas être cool du tout. J’ai extrêmement mal au genou droit, et à ma cheville gauche. Du coup, je descend en rappel, je marche en crabe. Une concurrente me conseillera de marcher comme un cow-boy, en écartant mes pieds bien à gauche, puis bien à droite. Je teste ce conseil… et cela semble fonctionner puisque j’arrive à reprendre des appuis en avançant aussi vite que mes autres concurrents directs ! Incroyable, ce truc fonctionne…

Tout en bas de la vallée, on traverse la Rivière des Galets. De nombreux concurrents s’arrêtent là pour faire une pause. Dont un groupe de japonais venus participer à cette épreuve — qui gagne donc en renommée internationale ! Mais dans ma tête, la pause sera au prochain stand, à Roche Plate. Juste avant le Maïdo, qui est LA grosse montagne à gravir de l’épreuve.

Je prévois donc de manger correctement à Roche Plate, pour faire le plein d’énergie. Et pour attaquer correctement la grosse ascension dans de bonnes conditions.

Etape #13 — Rivière des Galets → Roche Plate

La barrière horaire de Roche Plate est à 11h00. Ma montre indique 7h. J’ai donc encore 4 heures pour atteindre ce stand. Donc, tout va bien, puisque l’ascension ne doit prendre environ que 2h.

Puis le Maïdo doit être franchi avant 15h30. L’an passé, j’avais escaladé le Maïdo en 1h10. Une performance identique me permettrait de reprendre pas mal de temps sur la barrière horaire. Puis de redescendre tranquillement vers Savannah. Pour y récupérer mon second sac avec mes affaires personnelles. Avec différentes crèmes, de la vaseline pour les pieds, du baume du tigre pour les articulations, etc.

Et c’est parti pour la longue — très longue — ascension vers Roche Plate. Et j’ai beau être préparé physiquement pour ce type de parcours, psychologiquement, c’est autre chose. 2h de montée raide, c’est long — surtout en plein cagnard. D’autant qu’on distingue les concurrents situés plus haut. Et quand on arrive plusieurs paquets de minutes plus tard au même endroit, on les revoit encore plus haut — le chemin se poursuivant en S, on ne distingue pas la totalité de la route.

L’étape semble interminable.

Vue imprenable sur Mafate
On se croirait dans le Grand Canyon
Mafate, once again
Retour de la verdure
Arrivée à Roche Plate !! OUF !!

Et puis lorsqu’on pense arriver tout en haut… on distingue alors Roche Plate. Mais sur la montagne d’en face ! En réalité, un col relie deux flancs de montagne. Roche Plate est juste en face de nous… Mais se situe encore à 1h de marche environ…

Il fait super chaud.

Je n’ai quasiment plus d’eau.

Dur.

RAVITO n°12 — Ecole de Roche Plate / 09h25

A cette étape de la course, je suis 1910e / 2715.

  • 108,4km parcourus
  • Temps écoulé depuis le départ : 35h24'04
  • Dénivelé total depuis le départ : 6516D+
  • Altitude : 1082m

Ouf, j’arrive enfin à Roche Plate !!

J’ai encore 2h environ d’avance sur la barrière horaire. Mais je connais le Maïdo. Impossible de l’attaquer sans manger et se reposer.

En arrivant, je vais donc me poser immédiatement pour dormir un peu. Je ne trouve qu’une zone pleine de graviers — les meilleurs spots étant déjà tous occupés. Je m’allonge, avec ma couverture de survie, et je lève mes jambes pour essayer de me relaxer et supprimer ce que je considère être de simples crampes. A cet instant précis, je prévois d’attaquer le Maïdo dans de bonnes conditions et de me refaire dans la dernière partie de cette course.

J’apparente donc mes douleurs cheville + genou à des courbatures, tout simplement. Très douloureuses. Mais simplement des courbatures.

1h plus tard, je me lève, Et je manque de tomber. Mon pied gauche me fait atrocement souffrir… Je récupère mes affaires comme je peux, et retourne à l’entrée du stand de ravitaillement pour rejoindre le staff médical. Mais je n’arrive pas à marcher. Je traine la patte gauche comme un animal blessé. Et mon genou droit n’est pas non plus en forme. Je manque de tomber tous les mètres.

Mon visage doit certainement exprimer toute ma douleur, car 2 bénévoles accourent vers moi, et me prennent par les bras… Pour m’emmener directement chez les médecins au bout du stand de ravitaillement.

Une fois sur place, ils m’allongent dans un lit. J’enlève ma chaussure gauche… avec beaucoup de souffrance. Puis ma chaussette. Pareil. Et là… je constate que mon pied gauche est complètement bouffi. Il fait le double de mon autre pied. Instantanément, j’ai compris : c’est une entorse.

Pied d’éléphant

Ma course est fichue.

C’est fini.

Encore une p*** de désillusion de merde !

L’abandon après 35h24 de course

Là, pas la peine de faire un dessin.

Je pleure à chaudes larmes.

Je suis dépité.

Même en décrivant — et relisant — cet épisode douloureux, j’en ai encore les larmes à l’oeil… Car je ne comprends pas comment avec tous ces efforts, ce combat psychologique, ces heures d’entrainement, ces nuits blanches, un nouveau coup du sort s’abat sur moi.

D’autant que je n’avais jamais eu d’entorse de ma vie.

Et puis j’en ai tellement chié.

Je ne comprends pas comment c’est arrivé.

Les médecins m’auscultent et me disent qu’il faut arrêter là. On ne sait pas si c’est ligamentaire ou osseux. Je ne me rappelle d’aucun choc. Mais leurs tests de mobilité leur font arriver à une conclusion que je dois absolument faire une radio. Ils parlent de “critères de gravité”. Ma cheville est gonflée, et brule. Ils ont été dévalisés par tous les concurrents, et ne trouvent rien de mieux qu’un gant en latex avec de l’eau glacée à me mettre sur la cheville pour dégonfler le bordel.

On me donne un Doliprane pour la douleur. Heureusement, l’équipe des bénévoles est très sympa. Et rapidement, il faut trouver une solution pour me sortir de là. Roche Plate est perdue au milieu du Cirque de Mafate. Les voitures ne peuvent pas venir ici. Le seul moyen de m’emmener ailleurs, c’est donc de m’héliporter !

Le staff médical va alors passer 2 heures au téléphone avec les gendarmes pour trouver un créneau pour que l’hélicoptère de la gendarmerie puisse venir me chercher. En attendant, je vais passer 2 longues heures à encaisser toute cette (més)aventure. Une connexion Wifi me permettra de consulter quelques messages d’encouragement de la part de tous mes amis, collègues et de ma famille. Messages que je n’avais pas pu consulter jusqu’à présent. Et qui foutent un peu le bordel dans ma tête. Je me voyais tellement finir cette course. Gagner ma médaille de finisher. Et que mon petit bonhomme puisse dire un jour de son papa qu’il est bien un fou :)

L’attente est longue. Je suis entouré de concurrents estropiés. Malaises, insuffisances cardiaques ou respiratoires, douleurs X ou Y. Mais je me souviendrai surtout de l’épisode pipi-room. Un bénévole est venu à ma rescousse “urgence pipi” et m’a porté telle une mariée jusqu’aux WC en bas des escaliers. Puis m’a ramené avec la même méthode théâtrale. Il y a encore quelques heures, j’étais parfaitement autonome. Je suis désormais passé dans l’assistanat le plus complet !

Retour en hélico à Saint-Denis

2 heures plus tard, j’entends un hélico se poser. Un gars rentre dans l’école, transformé le temps du Grand Raid en infirmerie. Et vient directement vers moi : je suis le seul dont le pied est suspendu avec un gant en latex attaché au pied, on ne peut pas me rater !

Ce gars-là, c’est un membre des forces aériennes de la Gendarmerie nationale. Il me prend sur ses épaules, et accompagné d’un autre bénévole, il m’emmène à l’intérieur de l’hélicoptère garé à une centaine de mètres de là. Ainsi que 2 autres concurrents d’une cinquantaine d’année. Le premier semble aussi souffrir de sa cheville. Le second a une insuffisance respiratoire.

Ni une, ni deux, on décolle dans un vacarme assourdissant. Après mon baptême d’entorse, je vis mon baptême d’hélicoptère. Disons que dans mon malheur, j’ai tout de même la chance de voler au dessus de Mafate en hélico, et de re-découvrir cette région telle qu’on la voit à la télévision. Vous savez, quand on survole une montagne, et qu’au moment de passer la pointe, derrière, on surplombe le vide ? Et bien j’ai vécu ce genre de moment magnifique. Malgré tout, je ne suis pas super rassuré. L’hélico bouge dans tous les sens, c’est très flippant. C’est quand même très spartiate comme engin.

Ambiance dans l’hélico de la gendarmerie

Et 20 minutes, 3 loopings et 25 virages plus tard, on atterrit sur le toit de l’hôpital Bellepierre de Saint-Denis. Des pompiers viennent me récupérer pour me sortir de la zone d’atterrissage. L’hélico repart en trombe. Puis des infirmiers viennent à notre rescousse, avec des fauteuils roulants. Equipés spécialement de supports pour allonger les pieds blessés. Tout est parfaitement rodé entre les différents services, c’est quand même extra.

Sur le toit de l’hôpital, pour une petite partie de jambes en l’air

On descend. Et on traverse différentes salles où des familles sont présentes. Là, je me fais zieuter avec insistance par adultes et enfants. Leurs regards ne sont pas du tout désobligeants. Bien au contraire, j’ai surtout eu le sentiment que ces regards et leurs sourires étaient bourrés d’émerveillement. La Diagonale des Fous est tellement populaire à la Réunion, que les coureurs sont très appréciés, et vus comme des fous/héros. Je profite à fond de cet ascenseur émotionnel pour gagner un peu de force mentale, avant de me retrouver avec mes 2 collègues d’infortune en zone d’attente.

La suite : une radio de ma cheville. Qui ne démontrera aucune casse. C’est donc bien d’une lésion ligamentaire qu’il s’agit. Le médecin me conseille de me forcer à marcher pour chauffer mes articulations — sans trop forcer.

Bref, j’appelle Imdad, l’oncle de ma femme.

Qui vient me chercher.

Retour à la maison.

The End.

La Diagonale, c’est comme un accouchement. C’est dur pendant tout le temps. A la fin on dit “jamais plus”. Et au bout de quelques temps on dit “…peut être…”.

Brigitte B.

Entrepreneur, Ecommerce & digital consultant — Sport passionate / Challenge lover

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