Finisher du Half Triathlon de l’Alpe d’Huez 2021 — No pain, no gain

Quasiment 1 an après ma disqualification du Natureman format L, l’épreuve de natation est devenue ma chimère. En Octobre 2020, j’ai vécu une épreuve cauchemardesque dans le Verdon. Je ne pensais qu’à ça, tous les jours, depuis des mois. Et cette peur m’a poursuivi jusqu’à cette épreuve mythique fin Juillet : le Half Triathlon de l’Alpe d’Huez.

NDLR : En 2018, Romain Grosjean — ex-pilote de F1 — a participé à cette course mythique. Et c’est ce qui m’a décidé à mon tour de m’y attaquer.

Triathlon L de l’Alpe d’Huez — Vue de l’étendue à nager depuis la bouée blanche. Au loin, le tremplin bleu, pour le retour à la terre ferme.

Vaincre le mal par le mal

Pour résoudre ce problème, c’était très simple : il fallait nager !

Problème n°1 : le confinement. Et les fermetures des piscines. Dès lors, difficile de progresser… Heureusement, le club de ma ville organisait des séances en piscine ouverte, ou en mer. Et même si ces séances étaient très rudes vu ma grosse faiblesse technique, elles ont au moins eu le bénéfice de me faire gagner en expérience. Et de balayer certaines de mes appréhensions — surtout lors des mauvaises conditions climatiques.

Quelques dernières séances en piscine — et très bien coachées — m’ont permis de réaliser un vrai pas en avant. Et d’améliorer ma position dans l’eau pour le crawl. Parce qu’en termes de distance, je n’ai finalement nagé que 15 kilomètres en 4 mois, avant l’épreuve. Parfaitement ridicule… mais mieux que rien !

Problème n°2 : un lumbago qui m’a cloué au lit début Juillet. Soit 3 semaines avant l’épreuve. Lumbago provoqué — comme souvent— par beaucoup de fatigue, accumulée dans mes vies perso & pro. Mais aussi de faux mouvements répétés en musculation. Comme mes créneaux natation sont limités, j’essaye de développer les zones musculaires essentielles sur d’autres plages horaires. Avec des haltères, du développé-couché, etc. Et des exercices de soulevé de terre. Et un malheureux dos un peu trop courbé est le fautif ultime de ce lumbago malvenu…

La veille de la course, j’ai encore des courbatures lombaires. Mais beaucoup plus light, en comparaison des jours précédents — heureusement.

Veille de la course — Mercredi 28 Juillet 2021

Un test PCR sur Pontivy, une escale chez ma famille sur Vichy, et me voici arrivé la veille dans les Alpes. C’est mon baptême de l’Alpe d’Huez. 1000 kilomètres de route dans les pattes et le dos… Mais la logistique n’est pas terminée :

  • présentation négatif (ouf) du test PCR ;
  • retrait des dossards ;
  • dépôt d’un premier sac de transition ;
  • organisation du matériel et de l’alimentation ;
  • organisation logistique du lendemain entre les déplacements hôtels et ligne de départ
Matériel récupéré : Dossard 1118

Heureusement, l’organisateur nous offre des séances de relaxation. J’en profite pour retrouver une équipe de kinés qui prennent soin de mon dos durant 30 minutes. Que du bonheur ! :)

Lever à 4h30 du matin

J’ai dormi 3h. Et ce ne sont pas les folles élucubrations de Zemmour sur CNews, ni les conférences catastrophistes de M. Jean-Marc Jancovici sur Youtube qui m’ont ruiné ma nuit. L’explication se tient en 1 mot : le stress. Celui de l’épreuve de la natation.

Arrivé très tôt sur la ligne de départ pour m’imprégner de l’atmosphère, j’installe alors mon vélo. En cette heure matinale, j’étais quasiment seul à profiter du lieu.

Le lieu est calme.

J’en profite pour bien me concentrer.

Sans pression.

Mais avec méthode.

Quelques vélos ont été installés la veille par d’autres triathlètes. Le mien, il y a à peine quelques minutes.

J’en profite alors pour effectuer un jogging. Au Natureman, j’étais froid. Là, je tiens absolument à m’échauffer un peu. Et surtout, comme le Lac du Vernay est en longueur, je peux le longer. Et prendre des repères !

Vues depuis le bord du lac du Vernay

En effet, j’ai cherché à fractionner l’épreuve pour m’auto-convaincre qu’elle n’était pas si inaccessible. Alors, j’ai dessiné un plan pour y arriver : même si j’ai appris récemment la nage en 3 temps, je ne respirerai qu’à droite. Et en 2 temps, pour éviter toute forme de stress supplémentaire. Ainsi, je verrai le bord de l’eau régulièrement. Ainsi que mes repères :

  • ligne de départ
  • bouée jaune, à environ 200 mètres;
  • mur en bois, 200 mètres plus loin ;
  • gros rocher, toujours 200 mètres après ;
  • crique — je me dis qu’il faudra que je fasse d’ailleurs attention à ne pas longer sa circonférence, pour éviter d’effectuer une distance superflue ;
  • et arrivée à la première bouée blanche — 1km ;
  • seconde bouée blanche à 200m ;
  • et retour à la terre ferme en longeant un îlot, puis un pont.

200 mètres, c’est l’équivalent de 4 aller-retours dans un bassin traditionnel en piscine. C’est pas la mer à boire dirait-on — sans mauvais jeu de mot :)

A mon retour, le peuple est au rendez-vous !

De retour à la zone de transition, je finis mon installation. L’eau est annoncée à 18 degrés, donc la combinaison n’est pas obligatoire. Mais aucun nageur ne s’interdira cet avantage technique, qui facilite la glisse sous l’eau !

Le temps d’écouter les dernières recommandations du briefing, d’effectuer des étirements et autres mouvements d’échauffements, les femmes sont les premières à partir — avec leurs bonnets roses, dès 9h30. Puis, les hommes aux bonnets bleus se présentent dans l’eau. Pour une fois, je me positionne parmi les premiers pour me forcer à prendre confiance.

Et pourtant, durant quelques mètres qui nous séparent de l’entrée d’eau à la ligne de départ, j’ai la même angoisse qu’au Natureman. Mon corps se crispe. Mais un déclic se réalise… je force ma tête à se concentrer sur les mouvements. Et je crawle rapidement, en direction des rochers en bordure de la ligne de départ. Là où tous les concurrents vont se positionner, en attendant le GO de 9h45.

Ces quelques secondes de nage opérationnelle auront été finalement déterminantes pour la suite de mon épreuve.

Certains sont dans l’eau, d’autres sur les rochers. En attendant le feu vert de l’organisation

9h45 : départ de la course — Jeudi 29 Juillet 2021

Le départ est donné, et les premiers partent comme des balles !

C’est parti, je remets mon cerveau de côté, et j’y vais. Je me focalise sur mon épaule, le bras, la respiration, la bascule du tronc, etc. Je compte mes mouvements. Mais les nageurs avancent plus vite que moi. Je me prends des coups, mes pieds tapent sur des gars. Bref, les 2/3 premières minutes sont bien galères. Je manque de m’étouffer, alors je laisse quelques nageurs me passer, et me range sur le côté, et je me remonte même sur les rochers.

Quelques trop longues secondes écoulées, j’y retourne. De nouveau, je me concentre sur mes mouvements. La rythmique de ma respiration, des mouvements de bras, d’épaule, de tête hors de l’eau, etc. Comme prévu, je ne respire qu’à droite, pour suivre mes points de repère.

Le public est nombreux. Et en les fixant, je constate avec plaisir que j’avance finalement plutôt bien. Bouées jaunes passées. Le mur en bois apparaît devant moi. Je sais que je suis bien parti pour terminer l’épreuve. Je lève la tête, et je vois que je suis même sur la droite d’un gros peloton.

Quelle surprise !

Une belle journée s’annonce

Le prochain repère, c’est une petite crique. Sauf que… je la longe. Du coup, je perds beaucoup de temps, en parcourant plus de distance que prévu. Peu importe, j’avance mille fois plus vite que d’habitude.

La barrière horaire de sortie de la zone de transition T1 est à 11h00. Un départ à 9h45 m’indique que j’ai 1 heure et 15 minutes pour nager, et récupérer mon vélo.

Bref, prochain repère, la bouée blanche qui marque le 1er kilomètre. J’effectue la boucle beaucoup trop au large. Tant pis — me dis-je. Le principal, c’est d’avancer ! Je poursuis l’effort jusque la seconde bouée blanche, à 200 mètres. Idem, je dérive à droite, et je commence à perdre le peloton.

Mais je reste serein, car je sais que je suis en train de réussir quelque chose qui me hantait depuis des mois. Mon rythme me semble correct. Pas très rapide — sauf lors de certains à-coups. Mais régulier. Et ça y’est, nouveau repère atteint.

Maintenant, c’est retour à la berge. Il me reste 1 kilomètre à nager. Et je continue à tirer à droite…

J’ai quasiment navigué en traçant un O alors que le circuit était un I. Alors, je me rappelle tous les conseils du club et je sors la tête plus souvent de l’eau, pour essayer de viser le plus droit possible. Mais je sens que j’ai perdu 10 à 15 minutes au minimum. Je force un peu le mouvement en fin de parcours… et j’arrive à rejoindre la berge !

Sortie de l’eau #wouhou

Première victoire, et première revanche sur le Natureman. Les derniers conseils des maîtres nageurs, mes sorties en mer malgré les conditions météo dégradées, tout me revient à la figure une fraction de seconde.

Un bénévole est présent à la sortie de l’eau pour nous aider à nous arracher de là. Et remonter sur la terre ferme. Mais je sens que je vacille… Ma tête tourne, le changement de position, à l’horizontal durant la nage, et rapidement à la verticale, me font perdre l’équilibre. Je m’accroche quelques secondes à une barrière pour ne pas tomber. Et je me mets à rire… un mélange de rage, de joie d’avoir passé l’épreuve, de douleur, de moquerie par rapport à cette situation absurde…

Natation 2200m → 1101e en 1h02'02

Je sais que ma montre GPS indique toujours une distance inférieure en nage en eau libre. Là, Strava m’indique 2200 mètres comme par hasard. Vu mes virages merdiques, et mes dérives à droite, j’ai plutôt la sensation d’avoir nagé 2500 mètres en 1h. Ce qui est moins ridicule, mais encore très lent — malgré tout.

Bref, je reprends mon souffle. Et direction l’emplacement de mon vélo. Là, j’enlève ma combinaison. Je m’étais tartiné de vaseline pour faciliter cette opération. Puis je mets mon cuissard Castelli spécial longue distance. Le Jersey de mon club. Casque, gants, chaussures… une gorgée de boisson énergisante, et je cours hors de la zone de transition.

Cette fois, ma course démarre vraiment !

Au programme, 3 ascensions :

  • l’Alpe du Grand Serre, une ascension de 15 kilomètres de long, pour un dénivelé de 1000 mètres ;
  • le Col de Malissol, une formalité de 3 kilomètres et 200D+ ;
  • le Col d’Ornon, 500 D+ durant 13 kilomètres ;
  • et évidemment : l’Alpe d’Huez 1120D+ durant 13 kilomètres.
Roadmap

La descente jusque Séchilienne → 1059e en 1h47'34 de course

1 kilomètre après le lac, premier accident : un cycliste a déjà perdu le contrôle de son vélo et les secours sont sur place. Durant les 25 premiers kilomètres, le parcours est rapide. Plat, voire en descente. Et comme la course s’effectue sur route ouverte, les joies de la circulation s’offrent à nous… Bouchons, camions, voitures qui zigzaguent… Je respecte néanmoins les règles de sécurité, et l’interdiction du drafting — qui consiste à prendre l’aspiration du concurrent devant soi.

J’ai équipé mon vélo de route d’un petit appendice aérodynamique, qui me permet d’avoir dans cette portion une position aéro. Et de reprendre ainsi 42 concurrents.

Premier défi : l’ascension du Grand Serre → 1014e en 2h26'22 de course

Durant l’ascension, je mouline. Jamais en force. Je me réserve pour plus tard. Je manque d’expérience en montagne, et lors de mes dernières épopées au Half de Cannes ou au Paris Nice Challenge, je n’étais qu’en force. Mais là, lumbago, manque de sommeil… je ne veux pas tenter le diable.

Bref, je passe pleins de gars durant cette première longue et raide ascension. Qui se fera malgré tout à l’ombre, puisque des arbres bordent la route tout du long. Sans mon mal de dos, et avec des concurrents plus rapides autour de moi, je suis persuadé que j’aurais été bien plus performant. Mais le principal étant de se faire plaisir, alors je kiffe l’instant !

Arrivé en haut, je ne m’arrête pas à la zone de récupération. Juste le temps de prendre une gourde qu’on me tend au passage. Puis longue descente, avec quelques faux plats, une zone bien sympa où on prend encore de la vitesse.

Mes pointages suivants :

  • km 39 (Alpe du Gd Serre / La Morte) : 985e.
  • km 53 (Col de Malissol) : 938e.
  • km 108 (La Garde, au pied de l’Alpe d’Huez) : 915e
Montées et descentes durant 6 heures

Au pied de l’Alpe d’Huez, j’ai donc repris 200 concurrents sortis plus tôt de l’eau. Je n’ai aucune sensation de grosse fatigue, malgré la chaleur ambiante. En ayant bien pris le temps de bien me ravitailler, j’avais même réclamé une poche de froid pour mon dos auprès du staff médical. En effet, mes lombaires me faisaient souffrir dans toutes les descentes. Spécifiquement dans ces portions, car on est davantage courbé sur le vélo. Et c’est le bas du dos qui trinque.

Ce qui ne m’a pas empêché d’atteindre un 72km’h sur le compteur de ma Garmin !

L’ascension de l’Alpe d’Huez

Ces derniers mois, j’ai consulté tout ce qui était consultable sur internet sur l’Alpe d’Huez. Comment l’aborder, quels réglages sur le vélo, etc. Je me suis donc équipé d’une cassette 11–34 et un plateau 36–52. Autrement dit, j’ai l’équipement parfait pour mouliner à 200 watts, sans forcer. Et avancer sereinement, sans esquinter mes jambes pour la partie course à pied qui suit.

Honnêtement, je sens pourtant que j’en ai laissé sous le coude durant le vélo. Je me dis qu’avec une meilleure nage, je sortirai avec de meilleurs athlètes devant moi. Et qui auraient tendance à me tirer vers le haut, et à me donner davantage dans les zones difficiles. Là, tout le monde est en galère, et j’ai tendance à reproduire d’instinct le besoin de me reposer aussi, de moins me forcer…

Néanmoins, mon ascension se résumera par :

  • 2 arrêts techniques, en raison d’une selle qui s’est déréglée. Le pas de vis a sauté, et ma selle prenait subitement une position inconfortable. Heureusement, j’avais les outils avec moi.
  • 2 arrêts alimentaires — prise d’énergie dans les stands de ravitaillements.
  • 1 arrêt médical — pour réclamer une nouvelle poche de glace pour mon dos :(

Du coup, mon chrono d’ascension est d’environ 1h20. Quand on sait que Marco Pantani l’avait fait en 37 minutes…

Mais le principal : j’arrive relativement frais à la course à pied. En ayant gagné environ 50 nouvelles positions !

Mon pointage à la fin du vélo : 898e.
Avec un total de course natation+vélo de 7h43'18.

Transition 2 et Course à pied 20km

Arrivé au stade utilisé comme zone de transition, je dépose mon vélo. J’enfile mes Mizuno, et ma visière. Et c’est parti pour 3 boucles d’un circuit d’environ 6 kilomètres. Le circuit s’apparente à du trail, mi-route, mi-chemin. Avec un dénivelé total d’environ 330 mètres.

Derniers 20 kilomètres

On est en altitude. Couplé au pic de température de cette journée estivale, la respiration est malgré tout difficile. Les coureurs autour de moi ne sont pas très rapides. Tout le monde est très fatigué. Et s’arrêtent parfois un peu trop aux zones de ravitaillements. Moi pas, car je veux juste dépasser un maximum de concurrents pour finir le mieux possible.

Pour identifier mes adversaires directs, c’est simple : à chaque passage, on nous remet un petit chouchou de couleur. Blanc pour le premier tour. Puis vert. Et noir pour le finish. Du coup, je visais les coureurs aux chouchous blancs, et ceux qui avaient le blanc et le vert. Et je me débrouillais pour aller les chercher.

D’autant que le public était très nombreux. Et les gens scandaient les prénoms qu’ils lisaient sur les dossards. Entendre un “Allez, David !” gueulé par adultes et enfants, ça reste simple et pourtant très motivant !

I did it!

Fin de course : 777e en 9h46'41

Résultat, je finis la partie course à pied avec un classement intermédiaire meilleur (476e) que mon classement final : 777e. J’ai donc réussi à dépasser 120 autres concurrents sur la 3ème épreuve du jour.

Petit sprint habituel sur la ligne d’arrivée. Grosse larme habituelle aussi —et qui clôt ma crainte extrême de l’épreuve de natation. A cet instant précis, je manque de discernement, et il me faudra un peu de temps pour bien reprendre mes esprits… et m’alimenter un peu.

Bref, mission accomplie !

The End.

Comment être + fort ?

Depuis ma sortie de la natation, j’aurais donc réussi à reprendre — lentement mais sûrement — 324 concurrents. D’un côté, j’en suis forcément satisfait. Mais si je veux progresser, et mieux exprimer mon potentiel sur le vélo ou la course à pied face à des concurrents plus forts, pas besoin de chercher très loin :

  • il faut que je continue à performer ce que j’arrive à réaliser désormais en natation pour mieux nager, et sortir plus vite de l’eau ; et ainsi jouer de meilleures positions, faces à de meilleurs cyclistes et coureurs ;
  • continuer le développement musculaire haut et bas du corps ;
  • sans oublier de descendre encore un peu sur la balance pour améliorer l’efficacité globale.

#NeverGiveUp

Entrepreneur, Ecommerce & digital consultant — Sport passionate / Challenge lover

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