Abandon prématuré — Triathlon L de Deauville 2019

Dégoûté. Enervé. Frustré. Dépité. Les mots me manquent quand je sors de l’eau… au bout de seulement 36 minutes d’épreuve ! Le triathlon L de Deauville et les conditions météo ont joué contre moi. Pourtant, le week-end avait bien commencé…

Arrivée la veille (vendredi)— retrait du dossard

4h de route en famille, et nous voilà arrivés à Deauville. Une fois installés à l’hôtel, direction la plage. Il fait beau. L’ambiance est à la fête. Tout semble bien parti, pour que le week-end soit parfait.

D’abord, retrait du dossard. J’avais complété mon dossier à 100% sur internet, donc une simple enveloppe m’attendait. Avec les dossards, les autocollants pour le casque, le vélo, et le bonnet de bain spécial Triathlon de Deauville.

Le reste de la journée, c’est farniente. Le temps de découvrir un peu la plage de Deauville. Et les Planches — la célèbre promenade de Deauville qui longe la plage. Et qui sera le parcours emprunté par le semi-marathon du triathlon Longue Distance du lendemain.

Les Planches de Deauville, le long de la plage normande
Les bouées qui délimiteront le parcours natation attendent dans leur box

Malgré la météo estivale, c’est retour tôt à l’hôtel : mon bébé doit dormir. Et moi, je dois me reposer (et manger des sucres lents) !

H-5 / 9h (samedi)— Briefing de course

Après une nuit mouvementée (mon petit bonhomme a une grosse poussée de dents… du coup réveils et pleurs toute la nuit), il faut se présenter au briefing de course à 9h. Les 1100 inscrits dont je fais partie sont conviés à se présenter au Cinéma du Casino Barrière, pour assister à l’ensemble des consignes de sécurité. Et autres infos importantes pour la course.

Contrairement à Cannes, où j’ai dû me lever tôt pour me diriger vers la ligne de départ, ici la course sera lancée à 14h. De quoi prendre son temps pour bien se préparer.

Honnêtement, les briefings c’est un peu toujours la même chose. On répète ce qui nous est précisé dans les livrets de course, fournis avec les dossards. Eux-même sont une répétition de tout ce qui est déjà dit sur le site web de l’organisateur. Parcours vélo, rappel des consignes, comme l’interdiction du drafting en vélo (=aspiration, en triathlon il faut environ 12 mètres d’écart avec le cycliste devant soi).

H-2 / 12h — Installation du stand

Une fois le briefing terminé, il me reste 4h pour manger, m’hydrater, préparer mes affaires, finir de régler mon vélo, me reposer… et me diriger à midi pour l’ouverture du parc à vélos.

Contrairement à Cannes où je stressais pour la partie natation, cette fois c’est la partie vélo qui me stresse. Non seulement, je me sens sous-entrainé. Je n’ai pas fait de reconnaissance sur la côte Saint-Laurent, dont tout le monde parle. Une pente de 15% à 18% sur 1km qu’ils disaient au briefing ! D’autant que mon nouvel engin de marque PlanetX profilé contre-la-montre… et bien je n’ai encore pas eu le temps de rouler avec ! Mes plannings pro et perso m’ont juste permis d’effectuer quelques centaines de mètres pour m’assurer qu’il était bien réglé. C’est très léger. Mais bien que stressé par l’efficacité de mon matériel, je reste confiant dans mes aptitudes à m’adapter.

Ambiance dans les stands, 1 heure avec le départ. Il fait beau. 22°
Le temps de parcourir le trajet des stands en sens inverse, pour localiser facilement mon vélo lors de la première transition

H-30min. / 13h30 — Direction la plage pour la première épreuve : la natation — 2km

Une fois les stands prêts, la plupart des concurrents enfilent leurs combinaisons de natation en Néoprène. La combinaison a été déclarée non obligatoire quelques minutes auparavant, car l’eau a été mesurée à une température supérieure à 17° — selon les officiels de la Fédération Française de Triathlon. Mais honnêtement, la combinaison c’est un avantage certain, puisqu’elle améliore la flottabilité. Et pour ma part, vu mes faibles qualités de nageur, impossible d’imaginer que j’irai dans l’eau sans ma combinaison !

Bref, c’est l’heure de se diriger vers la plage. Il nous reste 30 minutes pour aller nous acclimater avec l’eau. J’ai juste le temps de constater que l’eau est bien froide. Et de faire quelques mouvements de crawl et de brasse sans trop m’éloigner. Mon objectif est simple : la barrière horaire de Deauville est 5 minutes supérieure à celle de Cannes. 1h10 contre 1h05 la dernière fois. Comme j’avais accompli le parcours en 50 minutes, je me dis que ça passera d’autant plus largement cette fois.

Le speaker nous invite désormais à nous retrouver sur la ligne de départ. Et de nous répartir en 3 sas, selon notre niveau. Expert, Confirmé, et Débutant. Vu mon niveau en natation, je me place évidemment avec les débutants. On doit être une cinquantaine dans ce groupe, en queue de peloton.

Ma stratégie sur la course est simple : j’ambitionne de passer sous la barre des 1h pour la natation. Puis le parcours vélo de 85km, j’imagine un temps d’environ 2h30 / 2h45 — malgré le dénivelé. Pour ensuite finir le semi-marathon en 1h30, qui est moins rapide que mon record perso mais sur un rythme soutenu. Au total, en incluant quelques minutes supplémentaires avec les transitions : 5h30 de course. Autrement dit, je laisse tout le monde me doubler en natation. Et je regagne des positions en vélo. Puis — et surtout — en course à pied. Un peu comme à Cannes 2 mois auparavant, où j’avais ainsi repris env. 300/350 concurrents.

14h — Départ de la course !

L‘épreuve de natation consiste à effectuer 1 boucle dans la mer, de sortir courir sur la plage — ce qu’on appelle une sortie à l’australienne. Pour ensuite parcourir à nouveau la même boucle. Au total : 2000m.

Le sas des débutants est lâché environ 5/6 minutes après les premiers nageurs. C’est parti !

Comme à Cannes, je me suis équipé de lentilles journalières, et mes lunettes correctives sont à mon cou, au cas où. Tout à l’heure, j’avais déjà pu me rendre compte que l’eau n’était pas du tout aussi claire qu’à Cannes. Mais qu’on est bien dans le Nôôôrd de Dany Boon, avec une mer gris-marron.

Je suis parmi les derniers à plonger dans la mer. Et… les premiers problèmes arrivent très vite. Je me rends compte que le vent est monté, et que la mer est beaucoup plus agitée que tout à l’heure ! Pour un nageur “normal”, ce n’est peut-être pas grand chose. Mais pour moi… l’épreuve devient rapidement insupportable.

Je n’arrive simplement pas à nager. J’essaye de suivre les nageurs qui sont juste devant moi. Mais en crawl, je bois la tasse, à cause des grosses vagues qui n’arrêtent pas de nous arriver dessus. Et en brasse, c’est encore pire. Nager à contre-courant, avec du vent… je n’ai jamais expérimenté. Je n’arrive pas à nager. Dans ma tête, je commence à paniquer. Habituellement, je ne panique pas facilement. Mais dans un nouvel environnement où je ne maitrise rien…

Bref, j’arrive difficilement à la première bouée. J’ai donc parcouru 1/6 du parcours. Il y a 2 concurrents derrière moi simplement. Au passage de la bouée, je manque de me noyer en m’accrochant les pieds dans la chaine qui la maintient — PS : lors du briefing, ils avaient pourtant bien précisé qu’il fallait mieux prendre large aux bouées… Preuve que les briefings ne sont finalement pas si inutiles que cela.

La seconde bouée me semble tellement loin… les vagues arrivent de la gauche cette fois. Je n’arrive toujours pas à nager dans ces conditions. Je me force à crawler. Ou à brasser. Mais ça ne fonctionne pas. Et puis, j’ai subitement une sensation d’étouffement. Avec les vagues, je n’arrive pas à sortir correctement la tête de l’eau pour respirer. Je suffoque. Je comprendrai plus tard que j’aurai perdu mes lunettes correctives, accrochées à mon cou. Un noeud a du se produire, le frottement du caoutchouc sur mon cou à ce moment-là m’aura certainement irrité. Et les vagues continuent de m’handicaper énormément…

Je n’ai même pas atteint la 2ème bouée que les premiers triathlètes pros m’ont déjà pris un tour ! Ils nagent le crawl sans problème. Je les vois plonger de vague en vague… Mais comment font-ils ?!

Arrive la seconde bouée. Bis repetita, je prends trop serré. Et manque de me noyer à nouveau, en me prenant les pieds dans les chaines… Puis c’est le retour vers la plage, les vagues arrivent dans le dos cette fois. Donc, ça devrait aller mieux. Sauf que… tous les autres concurrents expérimentés commencent eux aussi à me prendre un tour. Je me retrouve dans un peloton, et des nageurs qui me dépassent de tous les côtés. Moi, je nage bêtement en chien, n’arrivant pas à faire autrement pour me sortir de ce merdier…

Psychologiquement, c’est très dur. Mon seul objectif, c’est de tenir, coûte que coûte. Puis, j’arrive enfin à la plage ! Complètement groggy. Tous les nageurs sortent frais de l’eau et courent vers le parc à vélo. Moi ? Je dois repartir dans l’eau pour effectuer la même boucle. Un coup d’œil sur ma montre indique 30 minutes. Autrement dit, malgré ce parcours semé d’embûches, je peux terminer dans le délai imparti des 1h10.

Je retourne dans cette mer gris-marron. Je vois les vagues. Je suis dernier. 1 concurrent est environ 20 mètres devant moi. Le peloton des débutants arrive déjà à la première bouée. Fais chier…

Avant de retourner dans la mer, j’en profite pour dézipper légèrement ma combinaison, et libérer ainsi mon cou. Histoire de ne plus (moins) avoir cette sensation d’étouffement. Mais une fois dans l’eau, c’est aussi pire que tout à l’heure… je n’avance pas, je n’arrive pas à nager. Et je continue à nager en chien.

Je me donne à fond pour essayer de tenir. Et subitement… des arbitres sur leur jet-ski me collent, et m’invitent à monter.

  • Mais qu’est ce que vous faites ?
  • Monte, c’est pas en nageant comme ça que tu vas y arriver.
  • Non, mais je n’ai aucune envie d’abandonner.
  • Ok, comme tu veux.

Et ils s’éloignent.

Quelques secondes plus tard… je bois à nouveau la tasse. Une eau salée, bien dégueulasse… Qui me donne la nausée. Et je me sens mal. Je fais signe au jet-ski qu’il vienne me chercher. Je n’en peux plus…

36 minutes.

C’est tout ce que j’aurai vécu de cette course.

Toute cette préparation. Toute cette logistique. Tout cet investissement. Tout ça pour ça. Abandonner à la première épreuve.

Nul.

Dépité, je remonte la plage. Je vois les derniers nageurs sortir de l’eau. Je suis encore groggy par ce qu’il vient de se passer. D’autant que je ne peux récupérer mes affaires de triathlon que le soir. Seul mon sac de consigne m’est rendu. Je croise alors un autre nageur — celui qui était juste devant moi, qui a abandonné également. Et d’autres nageurs, qui font la course en relais. Bref, j’appelle ma femme pour la prévenir. Et je traverse la ville — direction l’hôtel — en combinaison de natation…

Arrivé, j’ai une montée de fièvre. De la nausée. Certainement des symptômes psychosomatiques. Mais qui — avec les gémissements de mon bébé dûs à ses poussées de dents — ne vont pas aller en s’atténuant… Week-end de folie !

Conclusion

24 heures après cet échec, je tenais à crever l’abcès par écrit. Ecrire me permet de comprendre. De comprendre ce qu’il s’est passé. Pourquoi ai-je abandonné ? Mon récent triathlon de Cannes m’a fait vivre une toute autre aventure. Je ne m’attendais pas à ça. Là, j’ai subi une grosse désillusion.

L’affaire du jet-ski

Déjà, je pense que sans les gars du jet-ski, j’aurais pu terminer pile dans le cap des 1h10 l’épreuve de natation. Certes, dernier. Et certes, très difficilement. Et en y laissant beaucoup d’énergie. Mais franchement, je suis en confiance sur les autres disciplines. J’imagine que — étant parti dans le groupe des débutants — les arbitres ont dû regarder leur chrono et oublié d’y ajouter les 5/6 minutes de retard de mon sas. Et se dire que j’étais donc hors de la barrière chrono. Sans leur présence, je n’aurais pas cherché la facilité. Car oui, abandonner c’est facile. Et c’est ce qui me dévore le plus. Ce n’est pas mon genre. Fais chier.

Effectuer le parcours M plutôt que le L ?

Une fois arrivé à l’hôtel, ma fièvre commençait déjà à pointer le bout de son nez… Mais je me repassais sans cesse le film de ma course. J’avais fini la première boucle des 2km. Autrement dit, j’aurais pu avancer à l’épreuve suivante, si j’avais choisi de concourir sur la distance M — dite Olympique — plutôt que la L. Sauf que… tous les dossards étaient déjà vendus, et le site d’échange de dossards avait clôturé les échanges le matin-même. En même temps, mon état se dégradait. Et mon bébé n’était pas non plus dans une forme olympique… Fin du rêve.

Progresser en natation

Même si Cannes s’est bien passé, je dois me rendre à l’évidence : ma natation est grotesque. Je dois progresser, voire même carrément reprendre les bases avec de vrais cours. Si je veux terminer dans de bonnes conditions des distances L et programmer ensuite des Iron-man 70.3 & 140.6, je n’ai pas trop le choix. Je dois travailler ma technique et gagner en expérience en natation.

Ne pas s’arrêter sur un échec

Il n’y a rien de pire que de ressasser. C’est aussi une des raisons qui me pousse à écrire. En écrivant mon vécu, je fais une sorte de deuil sur cette défaite. Et je regarde la suite. La suite, c’est : le semi-marathon de Dublin, les 8 heures de Spa-Francorchamps en solo (vélo). Et la Diagonale des Fous à la Réunion en Octobre. Et j’ai déjà une partie de mon planning sportif sur 2020.

A quand un prochain triathlon ?

Je m’étais fixé un premier Iron-man 70.3 dans 1 an en Espagne. Mais je pense qu’il me faut faire les choses par étape pour limiter les risques d’autres désillusions. Participer à des triathlons plus courts S ou M. Et bien m’entrainer, sur la durée. Avec une vraie dose de natation. Et pourquoi pas tenter des duathlons, qui se limitent à course à pied et vélo.

Bref, l’envie de progresser en triathlon est là. Me battre pour y arriver, c’est ce qui motive. Mais il y a encore du boulot. Et comme un de mes clients disaient : “l’Histoire ne retient que les résultats”. Ce sont donc les prochains triathlons qui gommeront cette défaite.

#NeverGiveUp

Entrepreneur, Ecommerce & digital consultant — Sport passionate / Challenge lover

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